Il y a un mois de cela, je louai au vidéo club de mon pote Patrick Pénition le remake de King Kong par Peter Jackson. Le seul mot qui me vint à l’esprit, au terme de ma vision, fut : déception. D’autant plus que j’avais gardé un très bon souvenir du film original. Il faut dire que je l’avais vu avant d’atteindre mes dix ans et qu’à cette époque j’avais trouvé les trucages de Docteur Phibes avec Vincent Price bien faits (spécialement la scène où on voit le fil qui tient la chauve-souris). Découvrant sur le net que les éditions Montparnasse venaient de sortir une sublime édition collector de King Kong, je commandai la rondelle de ce mythe cinématographique, histoire de le revoir et de le comparer avec le remake de 2005.
L’histoire, tout le monde la connaît. Le réalisateur Carl Denham, son équipe et l’actrice Ann Darrow embarquent à bord d’un bateau pour une expédition sur l’Ile du Crâne, inconnue des cartes de navigation. Là-bas, des indigènes enlèvent Ann pour l’offrir au Dieu Kong (gorille en malaisien). Après maintes péripéties, l’équipe ramène le singe géant à New York. La créature finira sa vie en se vautrant comme une merde au pied de l’Empire State Building.
En 1933, King Kong était le premier film parlant, inspiré par le roman Le Monde Perdu de Sir Arthur Conan Doyle, à montrer des dinosaures. Il est presque impossible aujourd’hui d’imaginer l’impact que ce film a pu avoir sur ses premiers spectateurs, et ce n’est certainement pas le remake de Peter Jackson, débarquant après les deux Jurrasic Park de Spielberg, qui va nous y aider.
La première grande différence entre l’original et le remake de Peter Jackson est la durée. Les deux films suivent la même structure fractionnée en trois (présentation des personnages, aventures sur l’île et retour à New York), mais, alors que chaque partie de Cooper et Schoedsack s’étend sur, approximativement, 30 minutes, Peter Jackson en double la durée.
Le réalisateur du Seigneur des Anneaux a évidemment le recul nécessaire pour traiter plus longuement des conséquences de cette fameuse crise de l’entre-deux guerres, dans la première portion du film. Dans l’original, seules quelques allusions transparaissent (file pour la soupe populaire, vol d’une pomme par Fay Wray). Les difficultés de cette époque sont par contre longuement dépeintes dans le remake. Ce prologue, reconstituant fidèlement le New York des années 30, est finalement le véritable intérêt du film de Jackson, avant un versement dans la surenchère, tant au niveau de la mise en scène que des sentiments émotionnels intenses à faire développer à tout prix par le spectateur.

La deuxième différence importante est toute cette série de détails réactualisés. Par exemple, Jack Driscoll passe du statut de marin macho, dans le film de 1933, à celui d’écrivain sensible. Sans doute, semblait-il peu crédible aux yeux de Jackson qu’une comédienne tombe amoureuse d’un adjoint de capitaine. Avant, un marin évoquait un aventurier ; aujourd’hui, on imagine plutôt un vieux Popeye bourru, la tronche pleine de morve. Une autre modification scénaristique concerne la manière simpliste et raciste dont étaient présentés les habitants de l’Ile du Crâne dans l’original, faisant pâmer d’envie Hergé et son Tintin au Congo. Néanmoins, les indigènes de Cooper et Schoedsack étaient pacifistes. Jackson nous présente de puissants guerriers, assoiffés de sang, refusant toute discussion.
La troisième différence entre la copie de King Kong et son original est majeure. Fay Wray n’éprouve jamais le moindre sentiment pour le singe géant. Naomi Watts, elle, s’enlise dans une relation amoureuse impossible avec la créature. C’est ce dernier point qui reste le plus gênant dans le film de Peter Jackson. Que dire de cette scène, sommet du ridicule, où King Kong glisse sur le lac gelé de Central Park, Naomi Watts transie d’amour sur son épaule ?

Bref, autant vous dire que j’ai préféré de loin l’original. Un certain charme demeure face à la naïveté avec laquelle les poupées et les décors miniatures du premier film parlant à grand spectacle sont utilisés (Kong mesure parfois 6, 7, 10 ou 20 mètres selon les lieux). Le King Kong de 1933 est à voir par toute personne s’intéressant au cinéma et à son histoire.
Références
King Kong – Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack (USA, 1933)
King Kong - Peter Jackson (USA, 2005)