Attention, cet article n’est pas une blague, c’est la triste réalité !
mardi 1er avril 2008, par Nain Dien
Nous sommes le premier avril, jour consacré à l’humour, et pourtant, je n’ai pas du tout envie de rire, amies lectrices, amis lecteurs. En effet, voilà plusieurs mois que naindien.com est l’objet de menaces et de censure. Avec la tournure que les choses prennent, dans un futur très proche, ce site que vous êtes en train de visiter et tant d’autres pourraient bien ressembler à ça :

J’ai écrit « tant d’autres », car, c’est bien cela le plus dramatique : toute personne utilisant Internet est concernée par cette déferlante « bien-pensante » de censure.
Naindien.com pourrait bien cesser d’exister dans un futur proche !
Tout a commencé, il y a quelques années, lorsque notre équipe a dû négocier avec un avocat concernant la parution d’un article contenant des « propos pouvant porter préjudice à son client ». Après quelques échanges de mails, l’affaire s’est réglée d’elle-même. J’ai, de mon côté, retiré une image (soumise à un copyright). L’avocat, quant à lui, a reconnu son jugement excessif, admettant que mon texte n’était pas diffamatoire. Ainsi, il a été possible, par la discussion et l’échange de points de vue, de dissiper tout malentendu. Voilà donc comment en 2005 l’on pouvait régler ce genre de situation. [1] Mais, le temps passe et, malheureusement, la liberté d’expression se réduit de plus en plus. Aujourd’hui, la discussion n’est plus possible : la menace d’un procès est devenue la réponse à tout.
Il y a quelques mois, le Nanaconda, excellent rédacteur de ce site, publie en ces colonnes une chronique ironique dont il a le secret. Son article décortique une émission de télévision française, égratignant au passage des astrologues y participant. Deux jours plus tard (seulement !), notre hébergeur reçoit l’appel téléphonique de l’un des voyants du show, lui demandant la disparition immédiate de l’article sous peine de représailles judiciaires de la part de la chaîne de télévision. Bien évidemment, nous sommes forcés d’obtempérer. En effet, que peut faire un petit site comme le nôtre face à un média de grande envergure, soutenu par une équipe de spécialistes judiciaires ?
Il y a quelques jours, rebelote ! Un avocat m’écrit à propos de l’un de mes articles (une fois encore, dans la rubrique télévision, bizarrement notre équipe n’a jamais été inquiétée pour ses chroniques musique ou cinéma), me menaçant une fois encore de poursuites. Ce n’est pas l’un de mes textes qui est incriminé, mais des commentaires laissés par mes lecteurs sur un témoin intervenant dans l’émission traitée sur ce site. L’avocat me rappelle que lorsque l’on administre un espace web, on est responsable de l’entièreté de son contenu, ce qui peut se révéler désastreux.
Prenons un exemple simple, je publie un texte sur le fascisme, mais des propos antisémites sont laissés par quelques internautes mal intentionnés ; en suivant le raisonnement de l’avocat, cela signifie que je suis responsable de l’antisémitisme de ces quelques lecteurs. La loi m’associe donc à ceux que ma critique visait. Un autre exemple. Je publie un article reposant uniquement sur des faits, mais des lecteurs laissent des commentaires déplaisants sur le sujet, je deviens responsable de ces propos. Vous imaginez les dérives que cette façon de penser peut entrainer.
Le plus désolant, c’est que l’humour et la parodie n’ont absolument plus le droit d’exister. Dans les trois cas expliqués précédemment où naindien.com a reçu des menaces de procédures judiciaires, il s’agissait de textes humoristiques et de critiques concernant des personnages publics. Est-ce qu’aujourd’hui Coluche et Desproges seraient attaqués en diffamation ? Probablement.
Ailleurs...
Jean-Michel Maulpoix avait publié sur son site personnel le texte d’un internaute mettant en cause des policiers. Malgré un retrait immédiat de l’écrit litigieux dont – je le rappelle – il n’était pas l’auteur, il a été condamné à 4500€ (hors frais d’avocat) pour diffamation, démontrant à la quasi-totalité des blogueurs et responsables de site que le régime juridique actuel n’accorde la bonne foi qu’aux journalistes professionnels et prouvant ainsi que tout intervenant sur Internet ne peut échapper à une condamnation pour diffamation.
Pire encore, Eric Dupin, administrateur de Fuzz, a été condamné jeudi dernier à verser 2500 € (hors frais d’avocat) pour avoir relayé un lien vers un article contenant une rumeur sur un acteur. Un lien !
En conclusion
Le nœud du problème est là : comment protéger les intérêts des personnes qui se font insulter sur le net, tout en ne tombant pas dans l’excès inverse des menaces systématiques visant à étouffer la liberté d’expression, l’esprit critique et l’humour ? Où se situe la frontière entre vive critique comique et accusation gratuite ?
Si vous aussi, vous vous sentez concernés par ce que je viens de vous exposer, je vous propose de participer à une grande opération (lancée en cette journée symbolique du premier avril 2008, véritable fête de l’humour) visant à affirmer, tous ensemble, amies et amis internautes, notre rejet de la censure. Il vous suffira d’afficher sur votre site personnel, le petit logo suivant.
<a href="http://naindien.com/spip.php?article382" target="new"> <img src="http://naindien.com/photos/libre.jpg" border="0"></a>Unissons nos clics contre ce fléau « bien-pensant » qui est en train d’envahir le net !
[1] Voici ce que j’écrivais à l’époque :
Il y a quelques mois, j’avais écrit un article sur un artiste aperçu dans l’émission Strip Tease. Pour des raisons évidentes et afin de ne pas relancer la polémique, le lecteur comprendra que je ne cite pas son nom (les Sherlock en culottes courtes livreront leur petite enquête…). Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je reçus, avant-hier, l’e-mail d’un avocat me demandant de supprimer mon écrit, ainsi que la photographie, sous prétexte que mes « propos pouvaient porter préjudice à son client » (sic).
Mon article ne contenant aucun propos diffamant, je fus assez surpris d’apprendre que la liberté d’expression était « préjudiciable ». Ma réponse fut rapide. Je retirai la photographie, mais refusai de changer la moindre ligne de mon texte.
Ça ne collait pas ! L’avocat utilisait une adresse wanadoo, ne s’était pas présenté et m’écrivait à vingt-deux heures, un samedi. Quelques minutes plus tard, un second mail atterrit dans ma boîte. Le ton s’était radouci. L’avocat ( ?) m’expliqua simplement que lorsqu’un producteur ou organisateur de spectacle tapait le nom de ce fameux artiste sur Internet, il tombait sur mon article. Le reproche d’avoir déballé sa vie privée à la TV ressurgissait alors.
J’étais devant un dilemme. Puisqu’il était impossible de remonter le temps et de faire comme si le reportage n’avait ni été tourné, ni diffusé, ni vu par moi et d’autres, soit je m’obstinais faisant fi des conséquences pour ce pauvre saltimbanque ; soit, je fléchissais sous la pression. J’adoptai donc un compromis à-la-belch et changeai légèrement le nom du protagoniste, tout en laissant l’article en ligne.
Je suis décidément trop bon, ça me perdra !